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Giovanna-Fragneto

Mon expérience à la CSI et celle de mes deux enfants

par Giovanna Fragneto
18 sept 2014

Je suis une scientifique italienne, à l’ILL depuis 1997. Quand je suis arrivée à Grenoble avec mon mari, lui aussi italien, nous avions déjà un garçon âgé de 9 mois, né à Paris. Nous avons eu une fille cinq ans après. S'ils le veulent mes enfants pourront donc devenir français à l’âge de 18 ans. Peut-être le voudront ils, peut-être pas. Ce qui est sûr c'est qu’ils se sont toujours sentis italiens et, qu’en famille, nous avons toujours gardé fortes nos racines. Nous aimons le pays qui nous accueille, on a beaucoup d’amis ici, on y vit bien, mais nous ne cherchons pas à oublier nos racines pour intégrer cette autre culture.

Quand je suis arrivée à l’ILL, j’ai été contente d’apprendre qu’il y avait des écoles internationales à Grenoble. J’ai pensé que mes enfants auraient la possibilité d'y approfondir l’histoire de leur pays d’origine, d'apprendre à écrire correctement dans leur langue, de s’exprimer avec un certain style et, même si nous envisagions d'y contribuer largement, c’était bien d'avoir une aide de la part de l’école.

Mon fils

Bien qu'elle soit loin de notre habitation, l’école Jean-Jaurès ayant une section italienne nous y avons inscrit notre garçon en CP en 2002. Notre première grosse déception aura été qu'en France, il n’y a pas alors de vraie école internationale, seulement des écoles françaises avec des sections internationales, ce qui est très différent. En effet, à la première réunion de classe on nous annonce que les enfants vont faire 45 minutes d’italien par jour, quatre jours par semaine. Ma première réaction aura été :
      Trois heures par semaine, c’est tout !
Ensuite, j’ai vite compris qu’il y avait de grosses différences d’aspirations entre les élèves étrangers (ou au moins leur parents) et les français scolarisés dans ces classes, avec la question de la maman d’un élève français :
      Est-ce-que ce sera "au détriment" des autres matières ?
Mon fils, seul enfant bilingue de sa classe cette année là, la passe à apprendre à dire “buongiorno, mi chiamo ...”, les couleurs, les chiffres, etc., toutes choses qu’il avait apprises en italien avant de les apprendre en français, dès qu’il avait commencé à parler. En plus, comme il avait des difficultés en français, le professeur m’a convoqué, surpris de ce que l’enfant ne faisait pas encore la distinction entre “parce que” et “pourquoi”. Il n'a malheureusement servi à rien de lui expliquer qu’en italien cette distinction n’existe pas !

L’année suivante nous l’avons remis à l’école de quartier car l'ambiance de compétition de cette classe ne correspondait ni à notre conception du système éducatif, ni à la sensibilité de l’enfant.

Nous avons ensuite déménagé dans un quartier proche d'Europole. On nous avait dit des merveilles sur le niveau de la Cité Scolaire Internationale (CSI), sur son enseignement, sur la diversité des enfants qui y sont scolarisés. Nous y avons donc inscrit notre fils en 2007 et là le cauchemar commence :
Le prof de français me convoque :
      "Votre enfant est trop italien ?"
Trop italien ! Qu’est-ce que ça veut dire ? Il est italien tout court. Il n’est pas stupide, il n’aime pas apprendre par cœur, il est rêveur. On me suggère alors à plusieurs reprises de le changer d’école (sinon comment la CSI pourrait-elle atteindre le 100% de réussite au bac qui fait l’orgueil de ses proviseur(e)s ?) et de le faire redoubler. Nous résistons car nous ne croyons pas que cela arrangerait les choses, mais risquerait de le décourager encore plus.

En troisième nous finissons par céder car, dans le système français, son bulletin de fin d'année ne lui permet pas de continuer dans un lycée. Il faut donc chercher une école technique ou professionnelle, ce qui ne nous dérange pas sauf que, notre enfant n’ayant pas d'idée précise, nous pensons qu'il vaut mieux qu'il continue dans une voie généraliste. Il s'avère que nous avons eu raison car il sort de la troisième avec une moyenne convenable et il peut finalement intégrer un lycée.

Presque tous ses copains étant restés à la CSI (elle a réussi à en chasser quelques-uns) et comme il n’a pas envie de les quitter, il tente le concours d'entrée au lycée de la CSI (hé oui, même si on y a fait le collège cela ne garantit pas du tout qu’on puisse y rester pour le lycée). Il le rate - dommage ! - mais il est accepté au lycée de quartier, un bon lycée. Je passe à la CSI pour y chercher un document de fin d’études là-bas et j'y rencontre Mme la proviseure. Elle me connait parce que je fais partie d’une fédération de parents d’élèves depuis toujours et parce que je me suis investie pour un meilleur fonctionnement de l’école. Je lui fais part de ma déception et comme je trouve absurde qu’un enfant étranger ne puisse pas rester dans une école qui, justement, a été pensée à l’origine pour des cas comme le sien. Peu de jours après je reçois un message qui dit que, suite à un désistement, il y a une place qui s’est libérée pour mon fils. Que faire? Finalement il choisit de rejoindre ses copains à la CSI.
Les deux premières années de lycées se sont assez bien passées, soit parce qu'il a grandi et mûri, soit parce que maintenant il y a la motivation de ce fameux bac. On a eu raison d'avoir confiance en son intelligence. En tout cas, je serai contente quand il pourra laisser derrière lui ces années d’école.

Ma fille

L'histoire de ma fille, excellente élève depuis la maternelle, est toute autre.

A l’âge d’entrée à l’école élémentaire j’avais appris qu'il n'y aurait pas moins de huit enfants bilingues à l’école Jean-Jaurès, et notamment une petite copine, fille d’une collègue. J’ai alors pensé que, de ce fait, le niveau des classes serait bien meilleur qu'à l’époque de mon fils et je l’ai donc inscrite à cette école. En fait, le niveau n’avait guère changé mais l’enseignement convenait bien à ma fille, plus encline à la compétition que son frère et qui avait réussi à s’entourer d’un bon nombre de copains et copines dès la première année. Pas question pour elle d’école de quartier, elle ne voulait même pas en entendre parler ! La primaire s'est donc passée sans aucun souci.

Entrée à la CSI en 2013, elle réussit même à avoir un “excellentissime” sur son bulletin en italien. Surprise, surprise !

Mes conclusions

La CSI est une bonne école pour les élèves étrangers, surtout parce qu'ils y retrouvent des camarades avec des histoires et des sensibilités similaires. En revanche, il n’y a pas une attention particulière pour ces élèves (à l'exception de quelques professeurs éclairés...) et ils sont censés avoir les même performances que leurs camarades de culture française. Si l'enfant est un(e) bon(ne) élève, facile à gérer et à encadrer, ça ira tout seul dans cette école, mais comme dans n’importe quelle autre, ni plus ni moins.

Comme le dit Pennac dans son excellent livre Chagrin d’école que tous les enseignants devraient avoir l’obligation de lire :
       “... Une bonne classe, ce n'est pas un régiment qui marche au pas, c'est un orchestre qui travaille la même symphonie.”
On ne peut pas prétendre “formater” les élèves, il faut être capable de les intéresser et de tirer le meilleur de chacun. Mais ceci n’est pas un problème de la CSI en particulier, c’est un problème de la plupart des systèmes éducatifs modernes.
Enfin, il est extrêmement important de conserver la CSI à Grenoble et d'offrir aux élèves étrangers la possibilité de mieux connaitre leur culture, de retrouver des camarades avec des histoires similaires. Un plus grand effort serait souhaitable envers ces enfants qui n’ont pas baigné suffisamment dans la culture françaises ou qui n’ont pas spécialement l’envie ou la possibilité de se montrer compétitif, mais qui ont néanmoins le droit d’être suivis et respectés. Sans oublier qu’une bonne partie de ces élèves peut décider, ou être obligés, de continuer leurs études à l’étranger et ils doivent donc améliorer leurs possibilités de réussite à l’étranger. C’est important pour tous les parents qui décident de venir travailler à Grenoble.

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Dernière mise à jour: 18 November 2014