Raoul MATHIEU

Martine Pennec, ancienne assistante sociale de l'ILL, nous a fait part du décès à l'hôpital de Raoul Mathieu, dans la nuit du 29 au 30 mars. Il était dans sa quatre-vingt huitième année.
Arrivé aux tout débuts de l'institut pour diriger dans un premier temps le service radioprotection sous l'autorité de Michel Jacquemain, il a aussi occupé pendant deux ans le poste de secrétaire du CE (Comité d'entreprise) devenu depuis CSE (Comité Social et Economique). Il a ensuite travaillé à Edex (environnement des expériences) avec David Wheeler.
C'était, par ailleurs, un grand montagnard habitué aux conditions spartiates et qui a eu des responsabilités à l'Anena (Association Nationale pour l'Etude de la Neige et des Avalanches). Il a également eu des responsabilités au CAF (Club Alpin Français section de Grenoble Oisans) ainsi qu'à la préfecture en tant que conseiller du secours en montagne auprès du préfet.
Alan et Elisabeth Hewat qui l'ont beaucoup accompagné nous livrent leurs témoignages ci-dessous.
Témoignage d'Alan Hewat
Raoul Mathieu, outre son rôle crucial en matière de sécurité à l'ILL et à la Préfecture, dirigeait un petit groupe d'alpinistes passionnés, parmi lesquels mon épouse Elizabeth, notre plus vieil ami Sax Mason et José Dianoux, mon collègue chef de groupe à l'ILL. Avec un groupe aussi diversifié et affirmé, souvent confronté à des situations périlleuses sur les glaciers de haute montagne, Raoul a fait preuve d'un courage, d'un leadership et d'un pragmatisme exceptionnels.
J'admirais particulièrement sa capacité à dire « non » lorsque les conditions étaient trop dangereuses et lorsque des personnes moins sûres d'elles et moins expérimentées s'obstinaient. Je lui faisais une confiance absolue pour protéger ma femme et ses amis. Raoul était parfois brusque et désapprouvait ouvertement les comportements insensés, mais il était toujours digne de confiance absolue.
Sa dernière visite remonte à la fin du confinement lié à la Covid-19. Il était encore le même Raoul, même si maintenant traverser la ville pour nous voir était devenu compliqué. C'était un homme profondément discret, voire effacé, contrairement à certains de nos collègues, mais on sentait toujours en lui une force intérieure profonde. Elizabeth a ajouté le texte suivant, accompagné d'une photo prise par sa sœur Claire.
Alan Hewat
Témoignage d'Elisabeth Hewat
C'est lors d'un séjour de ski à Zermatt organisé par l'ILL que j'ai rencontré Raoul Mathieu pour la première fois. Un petit groupe d'entre nous a passé un moment merveilleux à skier sur toutes les pistes, et Raoul nous a alors proposé une randonnée à ski. Notre baptême du feu fut une variante de la mythique Haute Route, de Martigny au refuge Britannia. Ce fut une expérience magique, quoique un peu épuisante. Dès lors, Raoul imaginait et préparait environ deux randonnées à ski par an.
La plus mémorable fut la traversée du Palon de la Mare. Nous sommes partis avant l'aube pour une ascension douce mais interminable, dans de bonnes conditions. Ce n'est qu'après notre pique-nique près du sommet que le vent s'est levé et s'est transformé en blizzard. Nos traces furent instantanément effacées par le vent et, lorsque j'essayai d'enfiler mes sur-gants, l'un d'eux disparut dans une bourrasque. Après quelques difficultés, Raoul trouva le chemin de la descente et nous descendîmes en suivant les profondes traces laissées par d'autres skieurs. La nuit tombait et la visibilité était mauvaise, mais heureusement, le gardien du refuge Bianco alluma la guirlande lumineuse pour nous guider. Nous arrivâmes tous sains et saufs et le gardien ralluma le poêle et nous prépara un repas d'escalopes de veau.
L'une des sorties les plus originales eut lieu à la Silvretta après la fermeture des refuges, lorsque nous fûmes obligés de dormir dans les chambres d'hiver. C'est là que Raoul nous fit découvrir la magie d'être ailleurs, hors saison.
Une fois, Raoul eut la gentillesse d'emmener ma sœur Claire et moi en randonnée dans le massif du Mont-Blanc. Après un départ matinal du refuge des Conscrits, nous gravîmes les dômes de Miage à pied, encordés. Ce fut une expérience mémorable pour Claire, qui vit en Australie, loin des hauts sommets. Partout où nous allions en montagne avec Raoul, je me sentais toujours en sécurité. En haute altitude, Raoul était un véritable dieu. Tous, y compris José Dianoux, suivaient ses instructions à la lettre. Je suis profondément reconnaissante et privilégiée de l'avoir connu.
Repose en paix, Raoul.
Elizabeth Hewat
